Biorégulateurs de Khavinson : panorama des di-, tri- et tétrapeptides
Vilon, Thymogen, Vesugen, Cartalax, Livagen, Cortagen, Epithalon… Les peptides courts de la série Khavinson classés par motif, avec séquences et masses.
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Les « biorégulateurs » sont une série de peptides courts de synthèse, de deux à quatre résidus, décrits à partir des années 1990 par l’équipe de Vladimir Khavinson à l’Institut de biorégulation et de gérontologie de Saint-Pétersbourg. Leur intérêt pour le chimiste tient à leur simplicité : des séquences minuscules, faciles à synthétiser très pures, et construites sur quelques motifs récurrents.
Une série construite sur trois motifs
En alignant les séquences, trois cœurs apparaissent :
- Glu-Asp (ED) : le noyau acide commun à la majorité de la série ;
- Lys-Glu-Asp (KED) : le motif « cationique-acide-acide » ;
- Ala-Glu-Asp (AED) : le même noyau, précédé d’une alanine.
| Peptide | Séquence | Code | Formule | Masse (g/mol) |
|---|---|---|---|---|
| Vesilute | Glu-Asp | ED | C9H14N2O7 | 262,2 |
| Vilon | Lys-Glu | KE | C11H21N3O5 | 275,3 |
| Thymogen | Glu-Trp | EW | C16H19N3O5 | 333,3 |
| Chonluten | Glu-Asp-Gly | EDG | C11H17N3O8 | 319,3 |
| Crystagen | Glu-Asp-Pro | EDP | C14H21N3O8 | 359,3 |
| Ovagen | Glu-Asp-Leu | EDL | C15H25N3O8 | 375,4 |
| Pinéalon | Glu-Asp-Arg | EDR | C15H26N6O8 | 418,4 |
| Vesugen | Lys-Glu-Asp | KED | C15H26N4O8 | 390,4 |
| Livagen | Lys-Glu-Asp-Ala | KEDA | C18H31N5O9 | 461,5 |
| Testagen | Lys-Glu-Asp-Gly | KEDG | C17H29N5O9 | 447,4 |
| Prostamax | Lys-Glu-Asp-Pro | KEDP | C20H33N5O9 | 487,5 |
| Pancragen | Lys-Glu-Asp-Trp | KEDW | C26H36N6O9 | 576,6 |
| Cartalax | Ala-Glu-Asp | AED | C12H19N3O8 | 333,3 |
| Cortagen | Ala-Glu-Asp-Pro | AEDP | C17H26N4O9 | 430,4 |
| Bronchogen | Ala-Glu-Asp-Leu | AEDL | C18H30N4O9 | 446,5 |
| Cardiogen | Ala-Glu-Asp-Arg | AEDR | C18H31N7O9 | 489,5 |
| Épithalon | Ala-Glu-Asp-Gly | AEDG | C14H22N4O9 | 390,3 |
Le tableau montre la logique de la série : un noyau acide fixe, et un ou deux résidus variables qui modulent la charge (Lys, Arg), l’hydrophobie (Leu, Trp) ou la rigidité (Pro).
Des peptides très polaires
Avec deux ou trois carboxyles pour quatre résidus au plus, ces peptides sont très hydrophiles. En HPLC phase inverse, ils sont à peine retenus : il faut commencer le gradient à 0–2 % d’acétonitrile, voire utiliser une colonne compatible avec une phase 100 % aqueuse. Les variantes à leucine ou tryptophane (Ovagen, Bronchogen, Pancragen, Thymogen) sortent plus tard et se séparent facilement des autres.
La détection se fait à 214 nm, sauf pour Thymogen et Pancragen : leur tryptophane absorbe à 280 nm, ce qui permet une quantification spectrophotométrique (voir Détection UV à 214 et 280 nm).
Isomères et pièges d’identification
Plusieurs peptides de la série ont la même composition et donc la même masse :
- Prostamax (KEDP) et Ac-SDKP partagent la formule C20H33N5O9 ;
- Cartalax (AED, 333,3) et Thymogen (EW, 333,3) ont des masses moyennes proches mais des formules différentes.
La spectrométrie de masse seule ne suffit donc pas toujours : le temps de rétention HPLC comparé à un étalon, ou une fragmentation MS/MS, confirme la séquence. C’est un bon exemple des limites décrites dans Spectrométrie de masse.
Stabilité
Courts, sans méthionine ni cystéine, ces peptides sont parmi les plus stables du catalogue sous forme lyophilisée. Deux points de vigilance :
- le glutamate N-terminal (Vesilute, Thymogen, Chonluten, Crystagen, Ovagen, Pinéalon) peut se cycliser en pyroglutamate (−18 Da) en solution acide chauffée ;
- le tryptophane (Thymogen, Pancragen) impose la protection contre la lumière.
Pour approfondir
L’Épithalon et le Pinéalon, les deux plus étudiés, ont leur propre article : Épithalon et Pinéalon. Tous les biorégulateurs sont rassemblés dans la famille Thymiques et biorégulateurs, en flacons de 20 mg pour la plupart.